Barème évaluation fonds de commerce Lefebvre 2026 : méthodes, calculs et valorisation
Barème évaluation fonds de commerce 2026 : méthodes, coefficients et prix
Barème évaluation fonds de commerce Lefebvre, multiple d’EBE, méthode des comparables, droit au bail, fiscalité et droits d’enregistrement : comment déterminer la valeur réelle d’un fonds de commerce en 2026 ?
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Ce sujet relève de notre mission d’évaluation d’entreprise par un expert-comptable à Paris.
Note de l’expert : Les éléments présentés dans cet article sont à jour pour 2026. Chaque fonds de commerce possède toutefois ses propres caractéristiques. Une analyse personnalisée permet notamment de tenir compte de l’activité, de la rentabilité, du bail commercial, de l’emplacement, des actifs transmis et des conditions du marché.
Réponse rapide : en 2026, l’évaluation d’un fonds de commerce ne repose pas sur un coefficient unique. Il est préférable de rapprocher trois approches : le barème professionnel fondé sur un pourcentage du chiffre d’affaires TTC, le multiple d’EBE retraité — généralement compris entre 3x et 5x pour de nombreuses TPE/PME — et la méthode des comparables. Les droits d’enregistrement prévus par l’article 719 du Code général des impôts s’appliquent selon plusieurs tranches, de 0 % sous 23 000 € jusqu’à 5 % au-delà de 200 000 €, après prise en compte des taxes additionnelles départementale et communale. Le prix final dépend surtout de la rentabilité, du bail, de l’emplacement et de la solidité de la clientèle, et non du chiffre d’affaires pris isolément.
Contexte 2026 : pourquoi la rentabilité prend le dessus sur les barèmes
Le marché de la transmission des fonds de commerce connaît une évolution importante en 2026. Les défaillances d’entreprises demeurent à un niveau historiquement élevé tandis que les conditions de financement des reprises ont évolué.
Les taux d’emprunt bancaire destinés aux opérations de reprise sont revenus autour de 3,5 % en moyenne, avec des niveaux pouvant se situer approximativement entre 3,2 % et 3,9 % sur sept ans, selon le profil de l’acquéreur et les caractéristiques du dossier.
Dans ce contexte, la rentabilité opérationnelle devient déterminante.
Un acquéreur ne valorise plus simplement un chiffre d’affaires élevé. Il cherche surtout à mesurer la capacité du fonds à générer un excédent brut d’exploitation (EBE) suffisamment solide pour supporter le financement de l’acquisition et le remboursement d’un emprunt bancaire ou vendeur sur plusieurs années.
Prenons un exemple représentatif : un salon de coiffure situé à Paris réalise 380 000 € de chiffre d’affaires TTC et présente un EBE retraité de 65 000 €.
Une proposition correspondant à 110 % du chiffre d’affaires conduirait à une valeur de 418 000 €. En revanche, une approche fondée sur un multiple d’EBE de 4x aboutit à environ 260 000 €.
La différence est considérable. La seconde approche permet de rapprocher la valeur du fonds de sa capacité économique réelle et représente une décote d’environ 38 % par rapport à l’offre initiale.
Cet exemple illustre une réalité essentielle : le barème constitue un point de départ, mais la rentabilité peut profondément modifier la valeur finale.
Le cadre réglementaire applicable en 2026 demeure principalement issu de la loi de modernisation de l’économie. Les règles relatives aux droits d’enregistrement figurent notamment aux articles 719 et suivants du CGI.
La cession doit faire l’objet des formalités d’enregistrement requises dans le délai légal, avec dépôt de l’inventaire détaillé auprès des services fiscaux.
La doctrine administrative, notamment BOI-ENR-DMTOM-10-20-20 et BOI-ENR-DMTG-10-40-10-40, apporte également des précisions concernant l’assiette et les modalités d’évaluation des différents éléments concernés.
Que comprend juridiquement un fonds de commerce ?
Avant de calculer une valeur, il faut d’abord déterminer précisément ce qui est vendu.
Le fonds de commerce rassemble différents éléments mobiliers, corporels et incorporels utilisés par le commerçant pour exercer son activité, développer sa clientèle et assurer son exploitation.
Trois grandes catégories doivent être distinguées.
1. Les éléments incorporels
Ils comprennent notamment :
- la clientèle et l’achalandage ;
- le droit au bail ;
- le nom commercial ;
- l’enseigne ;
- les marques ;
- les brevets ;
- les licences lorsqu’elles existent ;
- une licence IV ;
- une licence de débit de tabac ;
- certains agréments, notamment dans le secteur pharmaceutique.
Ces éléments représentent souvent une part essentielle de la valeur économique du fonds.
2. Les éléments corporels
Il s’agit notamment :
- du matériel ;
- du mobilier ;
- de l’outillage ;
- des installations ;
- des agencements spécifiques à l’activité.
Ils ne doivent pas nécessairement être retenus pour leur valeur comptable nette. Leur valorisation doit plutôt tenir compte de leur valeur d’usage réelle au moment de la transaction.
3. Le stock de marchandises
Le stock est traité séparément.
Il est exclu de l’assiette des droits d’enregistrement visée par l’article 719 du CGI et fait généralement l’objet d’une cession distincte.
Son évaluation peut être réalisée hors taxes au prix de revient, avec application de la TVA selon les modalités retenues et notamment les dispositions de l’article 723 du CGI.
Les éléments exclus du fonds
Certains éléments ne font pas partie du fonds de commerce.
C’est notamment le cas :
- des immeubles, dont la cession obéit à un régime spécifique ;
- des créances ;
- des dettes, sauf stipulation contractuelle particulière ;
- de certains contrats intuitu personae qui ne peuvent pas être transférés ;
- des contrats de travail, lesquels sont transférés automatiquement au repreneur dans les conditions prévues par l’article L. 1224-1 du Code du travail.
Attention à l’état réel du matériel
L’inventaire des immobilisations doit être vérifié avec soin.
Il peut arriver que certains équipements soient encore inscrits dans les immobilisations comptables alors qu’ils ne sont plus utilisés, qu’ils soient hors service ou même qu’ils aient déjà été détruits.
Un équipement qui n’a plus aucune valeur d’usage ne doit pas être artificiellement intégré dans la valeur du fonds.
Dans cette situation, une mise au rebut comptable avant la cession peut être nécessaire afin que le registre des immobilisations corresponde réellement aux biens transmis.
Les trois principales méthodes d’évaluation en 2026
Une évaluation sérieuse ne doit pas reposer sur une seule formule.
La pratique consiste à confronter plusieurs approches afin d’obtenir une fourchette de valeur cohérente et défendable devant un vendeur, un acquéreur, une banque ou, selon les circonstances, l’administration.
Méthode 1 : le barème professionnel calculé sur le chiffre d’affaires
Le barème évaluation fonds de commerce Lefebvre fait partie des références traditionnellement utilisées par les professionnels pour obtenir une première estimation.
Cette approche consiste à appliquer un coefficient au chiffre d’affaires TTC moyen des trois derniers exercices, avec des coefficients différents selon le secteur d’activité.
Les barèmes professionnels sont notamment utilisés comme références par différents acteurs, dont les CCI et les juridictions dans certaines situations contentieuses.
Cette méthode permet notamment :
- d’obtenir rapidement un premier ordre de grandeur ;
- de situer un fonds par rapport à son secteur ;
- d’établir une première fourchette de négociation ;
- de disposer d’un indicateur complémentaire pour confronter d’autres méthodes.
Elle présente toutefois des limites importantes.
Le barème ne tient pas directement compte de la rentabilité réelle du fonds. Deux entreprises réalisant le même chiffre d’affaires peuvent ainsi avoir des valeurs très différentes si leurs marges, leurs charges ou leur EBE sont différents.
La méthode est également moins adaptée :
- aux activités très saisonnières ;
- aux entreprises dont les résultats ont fortement évolué ;
- aux modèles économiques digitaux ;
- aux e-commerces ;
- aux SaaS ;
- aux marketplaces ;
- aux plateformes de services.
Le chiffre d’affaires ne suffit donc pas à déterminer la valeur économique d’une activité.
Méthode 2 : le multiple d’EBE retraité
La méthode de rentabilité permet de se rapprocher davantage de la capacité économique du fonds.
L’EBE retraité correspond à un excédent brut d’exploitation corrigé des éléments qui ne reflètent pas nécessairement les conditions normales d’exploitation après la cession.
Les retraitements peuvent notamment porter sur :
- la rémunération du dirigeant cédant ;
- les charges personnelles comptabilisées dans l’entreprise ;
- les loyers anormalement élevés ou faibles ;
- les éléments exceptionnels ;
- certains amortissements non récurrents.
La rémunération du dirigeant doit notamment être remplacée par une rémunération correspondant à la fonction réellement exercée et aux conditions normales du marché.
Pour de nombreux fonds classiques, un multiple situé entre 3x et 5x l’EBE retraité peut servir de repère, même si le coefficient pertinent dépend toujours du secteur et des caractéristiques de l’entreprise.
Il faut notamment examiner :
- la croissance ;
- la stabilité des résultats ;
- la dépendance au dirigeant ;
- la qualité de l’emplacement ;
- la solidité de la clientèle ;
- la durée restante du bail ;
- les conditions de renouvellement ;
- les investissements nécessaires ;
- les perspectives de développement.
Bpifrance Création rappelle dans son encyclopédie consacrée à l’évaluation que la méthode fondée sur la rentabilité repose notamment sur la capitalisation de la capacité bénéficiaire et sur l’analyse de la pérennité des flux.
Méthode 3 : les comparables
La méthode comparative consiste à étudier les prix auxquels des fonds présentant des caractéristiques similaires ont effectivement été cédés.
L’objectif est de rechercher des transactions :
- dans le même secteur ;
- dans une zone géographique comparable ;
- avec un niveau d’activité similaire ;
- présentant des caractéristiques proches ;
- réalisées idéalement au cours des 12 à 24 derniers mois.
Plusieurs sources peuvent être utilisées, notamment :
- le BODACC pour les ventes de fonds ;
- les statistiques de la Chambre nationale des notaires ;
- les observatoires des CCI ;
- les données professionnelles disponibles.
Cette méthode peut être particulièrement intéressante pour les commerces urbains, les commerces de bouche ou certaines pharmacies.
Elle présente toutefois une difficulté : les informations publiques relatives aux transactions ne sont pas toujours suffisamment détaillées pour permettre une comparaison parfaite.
Comparaison des trois méthodes
| Méthode | Principal avantage | Principale limite | Utilisation privilégiée |
|---|---|---|---|
| Barème en % du CA | Simple et facile à appliquer | Ne reflète pas directement la rentabilité | Première estimation et cadrage |
| Multiple d’EBE retraité | Approche davantage liée à la valeur économique | Dépend fortement de la qualité des retraitements | Transmission, reprise et M&A small cap |
| Comparables | Repose sur des transactions réelles | Informations parfois incomplètes | Commerces urbains, pharmacies, hôtels |
Barème indicatif 2026 par secteur d’activité
Les coefficients ci-dessous constituent des fourchettes indicatives obtenues à partir du croisement de références professionnelles, notamment des barèmes Francis Lefebvre, d’observations issues des CCI et de pratiques constatées sur des opérations small cap en 2025-2026.
Ils sont appliqués au chiffre d’affaires TTC moyen des trois derniers exercices, hors stock.
| Secteur d’activité | Coefficient indicatif sur CA TTC | Multiple d’EBE retraité observé |
|---|---|---|
| Boulangerie-pâtisserie | 60 % à 110 % | 3,5x à 5x |
| Café / bar sans tabac | 50 % à 110 % | 2,5x à 4x |
| Restaurant traditionnel | 50 % à 105 % | 3x à 5x |
| Restauration rapide / snack | 50 % à 115 % | 3x à 4,5x |
| Pharmacie | 60 % à 120 % du CA HT | 6x à 9x |
| Coiffure mixte | 50 % à 90 % | 2,5x à 4x |
| Tabac-presse-loto | 80 % à 185 % | 4x à 7x |
| Hôtel de tourisme classé | 100 % à 300 % du CA ou prix au lit | 6x à 10x |
| Garage / réparation automobile | 45 % à 75 % | 3x à 4,5x |
| Supermarché / supérette | 15 % à 50 % | 4x à 6x |
| Salon esthétique / institut | 50 % à 110 % | 2,5x à 4x |
| Fleuriste | 40 % à 90 % | 2x à 3,5x |
Ces coefficients doivent être interprétés avec prudence.
Ils correspondent à des fonds présentant une activité rentable, une zone de chalandise relativement stable et un bail commercial suffisamment sécurisé.
Un fonds présentant un EBE négatif, un bail arrivant prochainement à échéance ou des investissements importants à réaliser peut se situer nettement en dessous de ces fourchettes.
Commerce alimentaire de proximité
Pour les boulangeries, commerces alimentaires et activités similaires, le niveau du chiffre d’affaires reste un indicateur utile, mais doit être confronté à la marge, à la masse salariale, au loyer et à l’état du matériel.
Hôtellerie, cafés et restaurants (CHR)
Dans le secteur CHR, l’emplacement, la licence, la capacité d’accueil, le niveau du loyer et la rentabilité opérationnelle peuvent faire varier considérablement la valeur.
Services de proximité
Pour la coiffure, l’esthétique et certaines activités de services, la fidélité de la clientèle et la dépendance au dirigeant doivent être particulièrement analysées.
La pharmacie possède quant à elle des caractéristiques spécifiques et des niveaux de multiples généralement supérieurs.
Commerce de détail et activités atypiques
Les commerces spécialisés, les activités numériques ou les modèles hybrides nécessitent souvent une approche personnalisée.
Important : aucun barème professionnel ne constitue à lui seul une valeur officielle de marché.
Le BOFiP fait référence à l’évaluation selon les « barèmes de la profession », notamment dans le cadre de la doctrine BOI-ENR-DMTG-10-40-10-40. Ces références doivent donc être considérées comme un outil d’analyse et non comme un prix automatique.
La méthode du goodwill et la survaleur
La méthode du goodwill, également appelée méthode de la survaleur, cherche à mesurer la valeur des éléments incorporels générés par l’entreprise.
Le principe consiste à identifier le superprofit réalisé par l’entreprise, c’est-à-dire la différence entre sa rentabilité réelle et la rémunération normale des capitaux nécessaires à son exploitation.
Le calcul peut être présenté en plusieurs étapes.
Étape 1 : déterminer l’actif d’exploitation nécessaire
Il convient d’identifier :
- les actifs corporels indispensables ;
- le besoin en fonds de roulement normatif ;
- les ressources nécessaires au fonctionnement normal de l’activité.
Étape 2 : calculer la rémunération normale de cet actif
Une rémunération théorique est appliquée aux capitaux engagés.
Le taux peut être déterminé à partir d’un taux sans risque auquel est ajoutée une prime de risque. Une fourchette de 5 % à 8 % en 2026 peut servir de repère selon les hypothèses retenues.
Étape 3 : déterminer le superprofit
Le montant de la rémunération normale des capitaux est soustrait de l’EBE retraité.
Le résultat obtenu correspond au superprofit annuel.
Étape 4 : capitaliser le superprofit
Le superprofit est ensuite capitalisé sur une durée correspondant à la pérennité estimée de l’avantage économique.
Une période de 3 à 7 ans peut notamment être retenue selon la stabilité et les perspectives du fonds.
Étape 5 : déterminer la valeur du fonds
La survaleur ainsi calculée est ajoutée à la valeur des actifs corporels afin d’obtenir une estimation de la valeur du fonds.
Cette méthode peut être particulièrement intéressante pour :
- les cabinets de services ;
- les agences ;
- les entreprises à forte composante immatérielle ;
- les e-commerces ;
- certaines activités digitales.
Elle permet de mieux apprécier les actifs qui ne sont pas toujours correctement représentés par un simple pourcentage du chiffre d’affaires.
Les situations particulières à analyser séparément
Certaines activités présentent des caractéristiques qui rendent une application mécanique du barème particulièrement risquée.
Restauration et débits de boissons
La licence IV ou une licence de spectacle peut constituer un élément de valeur distinct.
La localisation géographique de la licence doit être prise en considération, notamment au regard de l’article L. 3332-11 du Code de la santé publique.
Dans les secteurs touristiques, le droit au bail peut également représenter une composante importante du prix.
Salons de coiffure et d’esthétique
La clientèle d’un salon peut être particulièrement attachée à la personne du professionnel qui cède son activité.
Une période d’accompagnement après la cession de 3 à 6 mois peut donc être pertinente pour faciliter la transmission.
Une clause de non-concurrence peut également avoir une influence sur la protection de la clientèle. Les exemples observés dans la pratique peuvent notamment prévoir un rayon de 5 à 10 km pendant deux ans, sous réserve de la validité juridique et de la proportionnalité de la clause.
Une observation à prendre en considération concerne la fidélisation : lorsqu’une clientèle n’est pas fidélisée par un dispositif CRM, une perte significative peut intervenir après le changement de propriétaire. Une observation citée dans le cadre de ces analyses fait état d’une disparition pouvant atteindre 60 % de la clientèle non fidélisée dans les 18 mois.
Commerce de détail spécialisé
Dans le commerce spécialisé, le stock constitue souvent un point majeur de négociation.
Il doit être valorisé indépendamment du fonds.
Un stock ancien, une collection dépassée ou des produits dont la rotation est très lente ne valent pas nécessairement leur prix de revient.
Il est donc recommandé d’effectuer un inventaire précis avant la signature.
Il faut également contrôler le chiffre d’affaires déclaré.
La reconstitution du chiffre d’affaires à partir des déclarations de TVA peut être utile, notamment lorsque certaines ventes relèvent du régime de la marge et ne sont donc pas nécessairement présentées de la même manière que des ventes classiques.
E-commerce et DNVB
Les activités de commerce en ligne ne se prêtent généralement pas correctement à une simple valorisation fondée sur un pourcentage du chiffre d’affaires.
L’analyse peut plutôt combiner :
- un multiple d’EBITDA ;
- une valorisation distincte du stock ;
- la qualité de la base CRM ;
- l’audience sociale ;
- les contrats fournisseurs ;
- la récurrence des ventes.
Le BFR, qui peut parfois être négatif dans certains modèles d’e-commerce, doit également faire l’objet d’une analyse spécifique.
Un multiple d’EBITDA de 3x à 5x peut servir de repère selon les caractéristiques du dossier.
SaaS B2B
Pour une entreprise SaaS B2B, le chiffre d’affaires traditionnel n’est pas nécessairement l’indicateur le plus pertinent.
Le marché utilise notamment le multiple de l’ARR — Annual Recurring Revenue.
En 2026, une fourchette de 2x à 6x l’ARR peut être observée selon différents critères, notamment :
- la croissance annuelle ;
- le NRR (Net Revenue Retention) ;
- la marge brute ;
- la qualité et la concentration de la clientèle ;
- la récurrence des revenus.
Dans ce type d’activité, un barème traditionnel exprimé en pourcentage du CA peut être totalement inadapté.
Pharmacie d’officine
La pharmacie d’officine possède un fonctionnement spécifique.
Les multiples d’EBE pouvant atteindre 6x à 9x s’expliquent notamment par la rareté des opérations et par les contraintes liées au maillage géographique et aux autorisations.
Malgré une pression sur les marges de certains médicaments remboursés, le marché conserve des caractéristiques particulières qui justifient une analyse distincte.
Droits d’enregistrement et fiscalité de la cession en 2026
Les droits d’enregistrement applicables à une cession de fonds de commerce sont notamment prévus par l’article 719 du Code général des impôts.
Ils doivent être complétés par les taxes additionnelles départementale et communale prévues respectivement aux articles 1595 et 1584 du CGI.
Pour les cessions enregistrées en 2026, le barème consolidé présenté est le suivant :
| Tranche du prix de cession | Droit budgétaire — CGI 719 | Taxe départementale | Taxe communale | Total cumulé |
|---|---|---|---|---|
| 0 € à 23 000 € | 0 % | 0 % | 0 % | 0 % — minimum 25 € |
| 23 001 € à 107 000 € | 2,00 % | 0,60 % | 0,40 % | 3,00 % |
| 107 001 € à 200 000 € | 0,60 % | 1,40 % | 1,00 % | 3,00 % |
| Au-delà de 200 000 € | 2,60 % | 1,40 % | 1,00 % | 5,00 % |
En principe, ces droits sont supportés par l’acquéreur, sauf disposition différente prévue dans l’acte de cession.
Des dispositifs fiscaux peuvent réduire la charge
Certains régimes particuliers peuvent être mobilisés selon la situation.
Des dispositifs favorables existent notamment dans les zones France Ruralités Revitalisation, qui ont succédé aux anciennes ZRR dans le cadre du nouveau dispositif.
Par ailleurs, un abattement de 500 000 € peut s’appliquer dans certaines cessions réalisées au profit d’un salarié ou d’un membre de la famille proche, sous réserve du respect des conditions prévues par l’article 732 ter du CGI, notamment concernant la détention et la poursuite de l’exploitation.
Fiscalité du cédant
Pour le vendeur, la plus-value réalisée lors de la cession relève du régime des plus-values professionnelles.
Plusieurs dispositifs d’exonération peuvent être envisagés en fonction de la situation :
- article 151 septies du CGI, notamment en fonction du niveau de recettes ;
- article 238 quindecies du CGI, pour certaines cessions de branches complètes d’activité, avec exonération totale jusqu’à 500 000 € et mécanisme dégressif jusqu’à 1 M€ ;
- article 151 septies A du CGI, notamment dans le cadre d’un départ à la retraite sous conditions.
Ces régimes nécessitent une analyse précise des conditions d’application avant la réalisation de la cession.
Surcotes et décotes à prendre en compte en 2026
Un coefficient sectoriel appliqué mécaniquement ne permet pas de déterminer une valeur définitive.
Plusieurs caractéristiques propres au fonds peuvent entraîner une surcote ou une décote.
Décotes structurantes
Bail commercial à échéance proche
Un bail arrivant à échéance sans engagement clair de renouvellement peut entraîner une décote estimée entre 20 % et 40 %.
Local présentant une classe énergétique F ou G
Un local classé F ou G peut subir une décote d’usage comprise entre 10 % et 25 %, notamment lorsque la performance énergétique dégrade la valeur locative ou impose des travaux.
Il convient cependant de distinguer cette question du décret tertiaire, lequel concerne notamment les bâtiments ou ensembles à usage tertiaire d’au moins 1 000 m².
Forte dépendance au dirigeant
Lorsque la clientèle est extrêmement attachée au cédant, une décote de 10 % à 20 % peut être envisagée.
Cette décote peut toutefois être limitée grâce à une période d’accompagnement organisée après la transmission.
Procédure collective
Une procédure collective récente concernant le cédant ou le bailleur peut affecter la perception du risque et conduire à une décote pouvant être estimée entre 15 % et 30 % selon le contexte.
Matériel obsolète
Lorsque des investissements importants sont nécessaires pour remettre l’exploitation à niveau, la valeur peut être diminuée du montant du CAPEX nécessaire.
Surcotes pouvant être justifiées
Emplacement premium
Un emplacement particulièrement recherché dans une grande métropole, notamment en zone piétonne premium avec un flux supérieur à 5 000 passants par jour, peut justifier une surcote de 10 % à 25 %.
Bail récemment renouvelé
Un bail récemment renouvelé, avec un loyer maîtrisé ou plafonné, peut apporter une surcote de 5 % à 15 %.
Base CRM qualifiée
Une base CRM exploitable de plus de 3 000 contacts qualifiés peut contribuer à une surcote estimée entre 5 % et 10 %, lorsque ces contacts constituent réellement un actif commercial exploitable et conforme aux règles applicables.
Audience sociale engagée
Une audience sociale qualifiée de plus de 10 000 abonnés engagés peut également constituer un facteur de valorisation, avec une surcote pouvant être estimée entre 5 % et 15 %, selon sa qualité et sa capacité à générer du chiffre d’affaires.
Contrats commerciaux récurrents
Des contrats transférables et récurrents — abonnements ou contrats clients B2B de longue durée, par exemple — peuvent également accroître la valeur.
Lorsque les revenus récurrents sont suffisamment documentés, ils peuvent être intégrés à une analyse basée sur un multiple de l’ARR additionnel.
Comment aller au-delà du simple barème ?
Le barème fournit une fourchette initiale, mais il ne constitue pas automatiquement le prix auquel un fonds doit être vendu.
Pour obtenir une valeur défendable face à un acquéreur, une banque ou l’administration, une démarche en plusieurs étapes est recommandée.
1. Positionner le fonds dans sa fourchette sectorielle
La première étape consiste à appliquer le coefficient approprié au CA moyen des trois derniers exercices.
Il faut ensuite déterminer pourquoi le fonds se situe plutôt dans la partie basse, médiane ou haute de la fourchette.
La rentabilité constitue l’un des principaux éléments permettant de justifier ce positionnement.
2. Vérifier avec l’EBE retraité
La deuxième étape consiste à retraiter l’EBE.
Il faut notamment :
- réintégrer ou corriger la rémunération du dirigeant ;
- normaliser le loyer ;
- neutraliser les charges exceptionnelles ;
- supprimer les dépenses personnelles ;
- tenir compte des investissements nécessaires.
Si le résultat obtenu avec le barème et celui issu du multiple d’EBE présentent un écart supérieur à 20 %, cette divergence doit être expliquée.
La rentabilité réelle constitue alors un élément particulièrement important pour comprendre la valeur économique.
3. Comparer avec des transactions récentes
L’analyse doit ensuite être confrontée à des opérations comparables.
Les cessions publiées au BODACC peuvent notamment servir à rechercher des transactions comparables dans une zone de chalandise similaire.
Plus les comparables sont proches en matière de secteur, localisation, taille et rentabilité, plus leur intérêt est important.
4. Appliquer les surcotes et décotes
Enfin, il faut ajuster la valeur selon :
- le bail ;
- l’emplacement ;
- la clientèle ;
- la dépendance au cédant ;
- la conformité des installations ;
- l’état du matériel ;
- les investissements nécessaires ;
- les licences ;
- les actifs numériques ;
- les contrats transférables.
Une évaluation professionnelle peut aboutir à un avis de valeur, présentant une fourchette argumentée, ou à un rapport plus détaillé et motivé destiné notamment à être présenté à un acquéreur, une banque ou à l’administration.
Analyse de l’évaluation par un expert-comptable
L’une des principales difficultés consiste à ne pas confondre trois notions différentes :
- la valeur fiscale ;
- la valeur de marché ;
- la valeur d’usage.
Un barème fiscal ou professionnel n’est pas nécessairement une indication du prix auquel un fonds sera réellement vendu.
Le référentiel utilisé par l’administration a notamment pour objectif d’identifier et de limiter les situations de sous-évaluation manifeste lors de la détermination des droits d’enregistrement, conformément aux mécanismes prévus notamment par l’article L. 17 du Livre des procédures fiscales.
Utiliser mécaniquement un barème comme prix de vente revient donc à confondre un outil de référence avec une véritable analyse de marché.
Une approche hybride
Pour une opération de transmission de petite ou moyenne entreprise, une approche hybride peut notamment combiner :
Multiple d’EBITDA ou d’EBE retraité × capacité bénéficiaire, puis ajustements liés à la dette nette et aux actifs spécifiques.
Selon la nature de l’opération, il peut ensuite être nécessaire d’intégrer :
- le stock ;
- un BFR positif ;
- certaines licences cessibles ;
- les actifs spécifiques ;
- les contrats récurrents.
Pour les fonds digitaux ou hybrides, un multiple d’ARR peut également compléter l’approche lorsque le chiffre d’affaires récurrent constitue une part importante de la valeur.
Cette méthode permet de rapprocher le prix de la capacité réelle de l’acquéreur à financer l’opération.
Dans l’exemple retenu, un financement sur sept ans avec un taux d’environ 3,5 %, pouvant se situer autour de 3,2 % à 3,9 % selon le profil, doit rester compatible avec la capacité de remboursement de l’activité.
Un taux d’effort raisonnable peut notamment être apprécié en retenant un plafond de 60 % de l’EBE post-acquisition, selon les hypothèses du dossier.
Le retraitement de l’EBE est déterminant
Une erreur fréquente consiste à présenter au repreneur un EBE qui n’a pas été retraité.
Supposons qu’un dirigeant se verse 30 000 € par an, alors que le coût normal du poste correspondant sur le marché serait de 60 000 €.
L’EBE apparent peut alors sembler artificiellement élevé.
Le retraitement consiste à intégrer une rémunération correspondant à la fonction réellement nécessaire à l’exploitation.
Cette étape est essentielle pour que l’acquéreur ne base pas son prix sur une rentabilité qui ne pourra pas être maintenue après la transmission.
Un rapport documenté
Un rapport d’évaluation doit être :
- documenté ;
- daté ;
- argumenté ;
- signé.
Il peut notamment servir à présenter une analyse cohérente au banquier du repreneur et à justifier les hypothèses retenues.
Il peut également constituer un élément de documentation important en cas de contrôle fiscal portant sur une éventuelle insuffisance de prix.
Conseil : avant de signer un acte de cession, il est préférable de croiser au minimum deux approches, par exemple le barème professionnel et le multiple d’EBE, tout en documentant précisément les retraitements réalisés. Une préparation de 6 à 12 mois avant la signature permet notamment de travailler sur l’évaluation, de sécuriser le bail et d’anticiper les conséquences fiscales de la sortie.
Selon la complexité de l’opération, une mission d’évaluation indépendante peut représenter un coût de l’ordre de 3 000 € à 8 000 €. Cet investissement peut être comparé aux risques financiers associés à une mauvaise valorisation ou à un contentieux portant sur une transaction importante.
À retenir
- En 2026, l’évaluation d’un fonds de commerce doit idéalement croiser trois approches : le barème en pourcentage du chiffre d’affaires, le multiple d’EBE retraité, généralement autour de 3x à 5x pour de nombreuses TPE/PME, et les comparables sectoriels.
- Le barème évaluation fonds de commerce Lefebvre constitue une référence utile pour obtenir une première fourchette, mais il ne doit pas être confondu avec une valeur de marché définitive.
- Les coefficients sectoriels doivent être utilisés pour des fonds présentant une rentabilité et des conditions d’exploitation cohérentes avec les hypothèses du barème.
- Le bail commercial, l’emplacement, la clientèle, le matériel, les licences et les investissements futurs peuvent modifier fortement la valeur.
- Les droits d’enregistrement reposant sur l’article 719 du CGI, complétés par les taxes additionnelles, conduisent à un taux cumulé de 0 % jusqu’à 23 000 €, 3 % entre 23 001 € et 200 000 €, puis 5 % au-delà de 200 000 €, selon le barème présenté.
- Le référentiel fiscal ne constitue pas automatiquement un prix de marché. Il s’agit d’un élément de référence dans l’analyse de la valeur.
- Les activités comme l’e-commerce, les DNVB et les SaaS nécessitent souvent des méthodes adaptées combinant notamment EBITDA, ARR, actifs numériques, stock et BFR.
- La méthode du goodwill permet de prendre en considération la survaleur générée par une rentabilité supérieure à la rémunération normale des capitaux investis.
- Les décotes et surcotes doivent être justifiées par des caractéristiques concrètes : durée du bail, emplacement, dépendance au dirigeant, état du matériel, clientèle, CRM ou contrats récurrents.
- Il est recommandé de commencer la préparation d’une cession 6 à 18 mois avant l’opération, notamment afin de sécuriser le bail, analyser les actifs, anticiper les travaux ou investissements et préparer la fiscalité de sortie.
- Une évaluation indépendante peut permettre de disposer d’une fourchette argumentée et documentée, particulièrement utile dans les négociations avec un acquéreur ou une banque.

